- Utpictura18 Critique et théorie

Utpictura18 - Critique et théorie

Couverture Le Gout de Diderot

Couverture Fictions de la rencontre : le Roman comique de Scarron

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE L'OEil révolté

Couverture du livre de Richardson Clarisse Harlove, dans l'édition commentée par Stéphane LOJKINE

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Image et subversion

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Brutalité et représentation

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE La Scène de roman

Couverture du livre L’Écran de la représentation

Couverture du livre Détournements de modèles
5 octobre 2013 : Exposition Le Goût de Diderot au Musée Fabre à Montpellier


~  Théorie des dispositifs  ~
Exercice n°2
Stéphane Lojkine, UE ESAV 50 IT (Méthodologie M2) :
« Dispositifs fictionnels. Desperate housewives / Clarisse ». Septembre 2008.
Devoir de rattrapage. Rédigez votre devoir, sans abréviations, avec des phrases complètes et correctes.



Question 1 : Saison 1, épisode n° 2. Carlos Solis vient d’offrir une porsche à sa femme Gabriella. Analysez le dispositif de cette scène : qu’est-ce qui, en elle, fait écran ? Comment l’écran se déplace-t-il ? Quel est l’embrayeur visuel ? Où sont l’espace vague et l’espace restreint ? Définissez chacune de ces notions. En quoi le dispositif est-il inversé par rapport au dispositif théâtral classique ?


Question n° 2 : Même épisode, un peu avant. Lynette Scavo est arrêtée par un policier alors que ses enfants n’ont pas bouclé leur ceinture. Mais le policier a une phrase malheureuse... Analysez le dispositif. Décrivez le retournement de situation et dégagez, dans cette scène, le dédoublement symbolique. Expliquez les notions de principe et d’institution symboliques.



Question n°3 : Saison 1, épisode n°3. 1ère image : la petite Ashley Bukowski surprend Gabriela Solis avec son jardinier John Rowland. 2ème image : les enfants Scavo regardent leurs parents danser. Comparez ces deux images, dégagez leur point commun.

Clarisse, éd. Barde/Mérigot, Genève et Paris, 1785, gravure de Daniel-Nicolas Chodowiecki

Question n°4 : Analysez la gravure ci-dessous. Situez la scène dans le roman de Richardson et dégagez le dispositif mis en œuvre par le dessinateur (écrans, espace restreint, espaces vagues). Pourquoi Lovelace est-il représenté avec une grande cape ? Que signifie le geste de Clarisse ? En quoi parodie-t-il un geste religieux ?

Question n°5 : Analysez le texte suivant.
    « J’ai pensé mourir de frayeur. J’en suis encore hors d’haleine. Voici l’occasion. J’étois descendue, au jardin, sous mes prétextes ordinaires, dans l’espérance de trouver quelque chose de vous au dépôt. Le chagrin de n’y rien appercevoir m’alloit faire sortir du bûcher, lorsque j’ai entendu remuer quelque chose derrière les bûches. Jugez de ma surprise. Mais elle est devenue bien plus vive, à la vue d’un homme qui s’est montré tout d’un coup à moi. Hélas ! me suis-je dit aussitôt, voilà le fruit d’une correspondance illicite !
    Au moment que je l’ai apperçu, il m’a conjurée de n’être point effrayée ; et s’approchant plus vite que je n’ai pu le fuir, il a ouvert un grand manteau, qui m’a laissé reconnoître, qui ? Quel autre que Monsieur Lovelace ? Il m’auroit été impossible de crier, et quand j’ai découvert que c’étoit un homme, et quand j’ai reconnu qui c’étoit : la voix m’avoit abandonnée ; et si je n’avois saisi une poutre qui soutient le vieux toit, je serois tombée sans connoissance.
    Jusqu’à présent, comme vous savez, je l’avois tenu dans un juste éloignement. Mais, en reprenant mes esprits, jugez quelle doit avoir été ma première émotion lorsque je me suis rappellé son caractère, sur le témoignage de toute ma famille ; son esprit entreprenant ; et que je me suis vue seule avec lui, dans un lieu si proche d’un chemin détourné et si éloigné du château.
    Cependant ses manières respectueuses ont bientôt dissipé cette crainte, mais pour faire place à une autre : celle d’être apperçue avec lui, et de voir bientôt mon frère informé d’une si étrange aventure. Les conséquences naturelles, s’il n’y en avoit pas d’autres à redouter, s’offroient en foule à mon imagination ; une prison plus étroite, la cessation absolue de notre correspondance, et un prétexte assez vraisemblable pour les plus violentes contraintes. D’un côté comme de l’autre, rien assurément ne pouvoit justifier M. Lovelace d’une entreprise si hardie.
    Aussitôt donc que j’ai été capable de parler, je lui ai fait connoître avec la plus vive chaleur combien je me tenois offensée ; je lui ai reproché qu’il lui importoit peu de m’exposer au ressentiment de tous mes amis, pourvu que son impétueuse humeur fût satisfaite, et je lui ai commandé de se retirer sur le champ. Je me retirois moi-même avec précipitation, lorsqu’il s’est jetté à genoux devant moi, en me conjurant, les mains jointes, de lui accorder un seul moment. Il m’a déclaré qu’il ne s’étoit rendu coupable de cette témérité, que pour en éviter une beaucoup plus grande ; en un mot, qu’il ne pouvoit supporter plus longtems les insultes continuelles qu’il recevoit de ma famille, et le chagrin de penser qu’il avoit fait si peu de progrès dans mon estime, que le fruit de sa patience ne pouvoit être que de me perdre pour toujours et de se voir plus insulté que jamais par ceux qui triompheroient de sa perte.
    Il a, comme vous savez, les genoux fort souples, et la langue fort agile. Vous m’avez dit que c’est une de ses ruses, d’offenser souvent dans des choses légères, pour exercer son adresse à se justifier. Ce qu’il y a de certain, c’est que le mouvement qu’il a fait pour me retenir et cette première partie de son apologie, ont été plus prompts que je ne puis vous le représenter.
    [...] J’avois fait quantité d’efforts pour reprendre le chemin du château ; et la nuit étant fort proche, mes craintes ne faisoient qu’augmenter. Je ne saurois dire qu’elles vinssent de sa conduite. Au contraire, il m’a donné meilleure opinion que je n’avois de lui, par le respect dont il ne s’est pas écarté un moment pendant cette conférence. S’il s’est emporté avec violence, sur la seule supposition que Solmes pût être préféré, cette chaleur est excusable dans un homme qui se prétend fort amoureux ; quoiqu’elle ait été assez peu mesurée pour m’obliger de m’en ressentir.
    En partant ; il s’est recommandé à ma faveur avec les plus pressantes instances, mais avec autant de soumission que d’ardeur ; sans parler d’autres grâces, quoiqu’il m’ait laissé entrevoir ses désirs pour une autre entrevue, à laquelle je lui ai défendu de penser jamais dans le même lieu. Je vous avouerai, ma chère, à vous, pour qui je me reprocherois d’avoir la moindre réserve, que ses argumens, tirés de mes disgrâces présentes par rapport à l’avenir, commencent à me faire craindre de me trouver dans la nécessité d’être à l’un ou à l’autre de ces deux hommes ; et si cette alternative étoit inévitable, je m’imagine que vous ne me blâmeriez pas de vous dire lequel des deux doit être préféré ; vous m’avez dit vous-même quel est celui qui ne doit pas l’être. Mais en vérité, ma chère, ma véritable préférence est pour l’état de fille ; et je n’ai pas encore perdu toute espérance d’obtenir l’heureuse liberté de faire ce choix.
    Je suis revenue à ma chambre, sans avoir été observée. Cependant la crainte de l’être, m’a causé tant d’agitation, que je m’en sentois beaucoup plus en commençant ma lettre, qu’il ne m’a donné sujet d’en avoir ; à l’exception néanmoins du premier moment où je l’ai apperçu, car mes esprits ont été prêts alors à m’abandonner : et c’est un bonheur extrême que dans un lieu tel que celui où il m’a surprise, dans le mouvement d’une si vive frayeur, et seule avec lui, je ne sois pas tombée sans connoissance. »
(Lettres angloises, ou histoire de Miss Clarisse Harlove, lettre 36, pp. 91sq.)