Utpictura18 - Critique et théorie

Couverture Le Gout de Diderot

Couverture Fictions de la rencontre : le Roman comique de Scarron

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE L'OEil révolté

Couverture du livre de Richardson Clarisse Harlove, dans l'édition commentée par Stéphane LOJKINE

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Image et subversion

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Brutalité et représentation

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE La Scène de roman

Couverture du livre L’Écran de la représentation

Couverture du livre Détournements de modèles
5 octobre 2013 : Exposition Le Goût de Diderot au Musée Fabre à Montpellier

Dans la même rubrique « dispositif » : Continuum sensible // Coupure sémiotique // Critique de l’antimodernité : Fahrenheit 451 // Discours // Dispositif // Écran // Embrayeur visuel // Espace restreint // Espace vague // Face à face agonistique // Fiction // Flan de la théorie, théorie du flan // Géométral // Instant prégnant // Intersecteur // L’invention du dispositif : Surveiller et punir // Objet scénique, chose // Performance // Physique de la fiction // Polemics as a World // Scopique // Sémiologie // Sommaire des textes en ligne

Embrayeur visuel

Stéphane Lojkine

   Un embrayeur visuel est en principe un personnage placé au premier plan, de biais ou carrément de dos, et qui assiste à la scène. L’embrayeur visuel sert de relais entre le spectateur (spectateur du tableau, spectateur au théâtre, lecteur) et la scène proprement dite (l’espace restreint).
   La nécessité de placer un embrayeur visuel entre le spectateur externe et la scène proprement dite était soulignée déjà par Alberti dans le De pictura : « Ensuite, il est bon que dans une histoire il y ait quelqu’un qui avertisse les spectateurs de ce qui s’y passe ; que de la main il invite à regarder ou bien, comme s’il voulait que cette affaire fût secrète, que par un visage menaçant ou des yeux farouches, il leur interdise d’approcher, ou qu’il leur indique qu’il y a là un danger ou une chose digne d’admiration, ou encore que, par ses gestes, il t’invite à rire ou à pleurer avec les personnages. » (II, 42, éd. Macula, p. 179.)


Coypel, Les Noces d’Angélique et de Médor, Nantes, Musée des Beaux Arts.
Le couple du premier plan à droite, et l’enfant qui se tient à leurs pieds, constituent un embrayeur visuel.



   Parfois la fonction d’embrayeur visuel est assumée par un objet inanimé (un chapeau à terre par exemple) ou un élément de fabrique (balustrade, rebord, muret). L’embrayeur visuel matérialise l’écran de la représentation : nous ne regardons pas directement la scène ; nous la regardons à travers un obstacle qu’il nous aide à franchir. L’embrayeur visuel instaure un espace intermédiaire entre la scène proprement dite et l’extérieur, où se trouve le spectateur réel : cet espace, qui enveloppe la scène, se prolonge généralement à l’arrière-plan, mettant en évidence que l’écran n’est que la forme amenuisée, stylisée, de l’espace vague.


Délire de Lovelace à l’annonce de la mort de Clarisse (illustration pour le Novelist’s Magazine, 1784)
Le chapeau à terre et la chaise renversée signifient le déchaînement de Lovelace. Mais ils introduisent également un espace intermédiaire entre le spectateur de l’image et la scène proprement dite. Orientés vers Lovelace, pointant vers lui, ces objets inanimés font office d’embrayeurs visuels.