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Vient de paraître, Diderot et le temps, Presses universitaires de Provence, 324 p.
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à Montpellier
à Aix

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La justice de Trajan - Hallé
La justice de Trajan - Hallé Auteur : Hallé, Noël (1711-1781)
Œuvre signée.

Cette notice fait partie d’une série : Paris, Salon de 1765 (pièce ou n° 15 / 261)

Datation : 1765   (Œuvre datée)

Source textuelle : Dante, Divine Comédie (1307-1321), Le Purgatoire Chant 10, 70-96

Sujet de l’image : Histoire ancienne
Dispositif : Scène (espace vague/espace restreint)

Objets indexés dans l’image :
Cheval / Les personnages font cercle autour de la scène / Paysage à l’arrière-plan / Personnage de dos

Nature de l’image : Peinture sur toile
Dimensions :  Hauteur 265 * Largeur 302 cm

Lieu de conservation : Marseille, Musée des Beaux-Arts

Bibliographie : Nicole Willk-Brocard, Une dynastie. Les Hallé, Arthéna, 1995, Notice N93, p. 178
Philip Conisbee, Chardin, ACRédition-Vilo, 1985, n° 204, p. 206.
Diderot, Salon de 1765, éd. E. M. Bukdahl, A. Lorenceau, G. May, Hermann, 1984, Texte p. 66
Notice n° A0362   (n°1 sur 1) 
Comparaison avec d’autres notices : L’audience de Trajan - Coypel // Les Bulgares font fête à Roger (Rol. furieux Brunet 1776, ch44) - Moreau // Les Requêtes du peuple (Histoire de la reine Artémise) - Antoine Caron // « Ôte-toi de mon soleil ! » (Alexandre et Diogène) - Jacques Gamelin

1. Inscriptions, signatures. 2. Historique, auteur, fabrication, commanditaires. 3. Variantes, œuvres en rapport :
1. Signé et daté en bas à droite : hallé 1765
2. La décoration du château de Choisy prévoyait une galerie avec des peintures morales et didactiques empruntant à l’histoire des empereurs romains : Carle Vanloo, Auguste fait fermer le temple de Janus ; Vien, Marc Aurèle secourant le peuple, puis Boucher et Deshays, finalement remplacés par Hallé (ce tableau) et Lagrenée (La Bonté et la Générosité) car Boucher est malade et Deshays meurt.
3. Pendant de l’Auguste par Carle Vanloo. Un tableau de Delacroix (1840) représentant la même scène se trouve au musée des Beaux-Arts de Rouen.

Analyse de l’image :
    Livret du Salon de 1765 :
    « Par M. Hallé, Professeur.
    15. L’Empereur Trajan, partant pour une expédition militaire très pressée, eut néanmoins l’humanité de descendre de cheval pour écouter les plaintes d’une pauvre femme et lui rendre justice.
    La tête de Trajan est imitée de l’antique.
    Ce Tableau est destiné pour la Galerie de Choisy. »
   
   La légende était très célèbre au moyen âge. Alors que Trajan partait à la guerre (en rose), une jeune veuve se jette à ses pieds (en bleu) et lui présente un placet. Son fils a été tué et elle demande justice. Trajan commence par lui demander d’attendre son retour de la guerre. « Mon Seigneur, et si tu ne reviens pas ? » Et lui : « Celui qui sera à ma place te vengera. » Mais elle : « Le bien fait par un autre, à quoi te servira-t-il si tu négliges celui qui t’incombe ? » Et lui alors : « Or, sois satisfaite, car il faut que je remplisse mon devoir avant de partir, la justice le veut, la pitié me retient ici. » (Dante, Divine comédie, Purgatoire, chant X, 73-94.) Voir également Dion Cassius, Histoire romaine, XIX, 5.
   
   Deloynes 8, 108. Mathon de la Cour, p. 14-15 :
    « Le premier tableau de M. Hallé représente Trajan qui, en partant pour une expédition militaire très-pressée, descend de cheval, afin d’écouter les plaintes d’une pauvre femme. Ce tableau est destiné pour la galerie de Choisy : il a beaucoup de profondeur ; mais il y a des gens qui doutent si la personne qui demande justice à Trajan, est un homme ou une femme. Les Artistes ne sauroient trop éviter les obscurités semblables ; elles font dans leurs ouvrages un aussi mauvais effet que dans un discours, & je ne sais pourquoi il y a tant de Peintres dont les compositions sont obscures.
    M. Hallé a imité de l’antique la tête de Trajan : c’est une attention dont on doit lui savoir gré ; mais le caractere de cette tête est commun. Il ne répond point à la grande idée que nous avons de cet Empereur. Lequel vaut le mieux de peindre les hommes tels qu’ils ont été, ou tels que l’imagination nous les représente, quand nous pensons à leurs actions ? Faut-il peindre Epaminondas petit & difforme ? ou faut-il sacrifier la vérité à la vraisemblance, & à tous les préjugés du climat & des modes sur les physionomies ? Si M. Hallé avoit voulu employer pour son Trajan une tête d’invention ; je suis persuadé qu’elle auroit eu plus de noblesse, & qu’elle auroit produit plus d’effet. Cependant je pencherois pour la vérité des ressemblances ; mais il faut du moins éviter la froideur & la monotonie des médaillons. E conservant le smêmes têtes, on doit les animer, on doit donner aux traits le jeu que produisent les passions. » (Lettres à Monsieur ** , sur les Peintures, les Sculptures & Gravures, exposées au Sallon du Louvre en 1765.)
   
   Mercure de France, octobre 1765, p. 156 :
    « En retournant aux grands sujets d’histoire, nous avons à faire mention des ouvrages estimables de M. Hallé. Son tableau représentant l’humanité de l’Empereur Trajan, qui descend de cheval pour recevoir les plaintes & les prières d’une pauvre femme, a des beautés marquées par le suffrage public & confirmées par les observations des connoisseurs. Ce tableau a de la profondeur ; il est d’une grande netteté, d’une belle couleur, & très-digne de décorer la galerie pour laquelle il est destiné (8). Le Peintre a eu l’attention d’imiter d’après l’antique la tête de Trajan. ON doit être toujours satisfait de connoître les traits & la physionomie des bienfaiteurs du monde. Ce n’est pas le cas où le vraisemblable soit préférable au vrai. »
   (8) La galerie de Choisy.
   
   Commentaire de Diderot :
   «  Hallé
    15. L’Empereur Trajan partant pour une expédition militaire très pressée, descend de cheval pour entendre la plainte d’une pauvre femme
    Grand tableau destiné pour Choisy. Le Trajan occupe le centre et le devant du tableau. Il regarde ; il écoute une femme agenouillée à quelque distance de lui, entre deux enfants. A côté de l’empereur, sur le second plan, un soldat retient par la bride son cheval cabré. Ce cheval n’est point du tout celui que demandait le père Canaye, et dont il disait : Qualem me decet esse mansuetum. Derrière la suppliante, une autre femme debout. Vers la droite, sur le fond, l’apparence de quelques soldats. Monsieur Hallé, votre Trajan, imité de l’antique, est plat, sans noblesse, sans expression, sans caractère. Il a l’air de dire à cette femme : « Bonne femme, je crois que vous êtes lasse ; je vous prêterais bien mon cheval, mais il est ombrageux comme un diable. » Ce cheval est en effet le seul personnage remarquable de la scène ; c’est un cheval poétique, nébuleux, grisâtre, tel que les enfants en voient dans les nues ; les taches dont on a voulu moucheter son poitrail imitent très bien le pommelé du ciel. Les jambes du Trajan sont de bois, raides, comme s’il y avait sous l’étoffe une doublure de tôle ou de fer-blanc. On lui a donné pour manteau une lourde couverture de laine cramoisie mal teinte.
    La femme, dont l’expression du visage devait produire tout le pathétique de la scène, qui arrête l’œil par sa grosse étoffe bleue, fort bien ; on ne la voit que par le dos. J’ai dit la femme, mais c’est peut-être un jeune homme. Il faut que j’en croie là-dessus sa chevelure et le livret ; il n’y a rien qui caractérise son sexe. Cependant une femme n’est pas plus un homme par-derrière que par devant ; c’est un autre chignon, d’autres épaules, d’autres reins, d’autres cuisses, d’autres jambes, d’autres pieds ; et ce grand tapis jaune qui se voit pendu à sa ceinture, en manière de tablier, qui se replie sous ses genoux et que je retrouve encore par-derrière, elle l’avait apparemment apporté pour ne pas gâter sa belle robe bleue ; jamais cette volumineuse pièce d’étoffe ne fit partie de son vêtement, quand elle était debout ; et puis rien de fini, ni dans les mains, ni dans les bras, ni dans la coiffure. Elle est affectée de la plica polonica. Ce linge, qui couvre son avant-bras, c’est de la pierre de Saint-Leu sillonnée. Tout le côté du Trajan est sans couleur ; le ciel, trop clair, met le groupe dans la demi-teinte et achève de le tuer. Mais c’est le bras et la main de cet empereur qu’il faut voir ; le bras pour le raide, la main et le pouce pour l’incorrection de dessin. Les peintres d’histoire traitent ces menus détails de bagatelles ; ils vont aux grands effets. Cette imitation rigoureuse de la nature les arrêtant à chaque pas, éteindrait leur feu, étoufferait leur génie ; n’est-il pas vrai, monsieur Hallé? Ce n’était pas tout à fait l’avis de Paul Véronèse ; il se donnait la peine de faire des chairs, des pieds, des mains ; mais on en a reconnu l’inutilité, et ce n’est plus l’usage d’en peindre, quoique ce soit toujours l’usage d’en avoir. Savez-vous à quoi cet enfant, qui est sur le devant, ne ressemble pas mal ? à une grappe de grosses loupes ; elles sont seulement à sa jambe ondoyante en serpent, un peu plus gonflées qu’aux bras. Ce pot, cet ustensile domestique de cuivre, sur lequel l’autre enfant est penché, est d’une couleur si étrange qu’il a fallu qu’on me dît ce que c’était. Les officiers qui accompagnent l’empereur sont aussi ignobles que lui. Ces petits bouts de figures dispersées aux environs, à votre avis, ne désignent ils pas bien la présence d’une armée ? Ce tableau est sans consistance dans sa composition. Ce n’est rien, mais rien, ni pour la couleur, qui est de sucs d’herbes passés, ni pour l’expression, ni pour les caractères, ni pour le dessin. C’est un grand émail bien triste et bien froid.
    — Mais ce sujet était bien ingrat.
    — Vous vous trompez, monsieur Hallé ; et je vais vous dire comment un autre en aurait tiré parti. Il eût arrêté Trajan au milieu de sa toile. Les principaux officiers de son armée l’auraient entouré ; chacun d’eux aurait montré sur son visage l’impression du discours de la suppliante. Voyez comme l’Esther du Poussin se présente devant Assuérus ! Et qu’est-ce qui empêchait que votre femme, accablée de sa peine, ne fût pareillement groupée et soutenue par des femmes de son état ? La voulez-vous seule et à genoux ? J’y consens. Mais, pour Dieu, ne me la montrez pas par le dos ; les dos ont peu d’expression, quoi qu’en dise Mme Geoffrin. Que son visage me montre toute sa peine, qu’elle soit belle, qu’elle ait la noblesse de son état, que son action soit forte et pathétique. Vous n’avez su que faire de ses deux enfants, allez étudier la Famille de Darius 9, et vous apprendrez là comment on fait concourir les subalternes à l’intérêt des principaux personnages. Pourquoi n’avoir pas désigné la présence d’une armée par une foule de têtes pressées du côté de l’empereur ? Quelques-unes de ces figures, coupées par la bordure, m’en auraient fait imaginer au-delà, tant que j’en aurais voulu. Et pourquoi du côté de la femme la scène reste-t-elle sans témoins, sans spectateurs ? Est-ce qu’il ne s’est trouvé personne, ni parents, ni amis, ni voisins, ni hommes, ni femmes, ni enfants, qui aient eu la curiosité de savoir l’issue de sa démarche ? Voilà, ce me semble, de quoi enrichir votre composition ; au lieu que tout est stérile, insipide et nu.  » (Salon de 1765, CFL  VI  49-51)

Informations sur l’image :
Auteur du cliché : Marseille, Musée des Beaux-Arts
Traitement de l’image : Scanner
    Commande n°     Cliché n°
Localisation de la reproduction : Paris, Bibliothèque de l’École normale supérieure
Reproduction interdite
Informations sur la notice :
Auteur de la notice : Stéphane Lojkine     Date de création : 31/05/2002
Auteur des modifications : Stéphane Lojkine     Date de Modification : 09/01/2016
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