Littérature et Psychanalyse - Le Master LIPS

Couverture Le Gout de Diderot

Couverture Fictions de la rencontre : le Roman comique de Scarron

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE L'OEil révolté

Couverture du livre de Richardson Clarisse Harlove, dans l'édition commentée par Stéphane LOJKINE

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Image et subversion

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Brutalité et représentation

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE La Scène de roman

Couverture du livre L’Écran de la représentation

Couverture du livre Détournements de modèles
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Pour citer ce texte : Francesca Manzari et Stéphane Lojkine, cours d'initiation à la French Theory, Aix-Marseille Université, Faculté ALLSH, HBM6U03D, HBMU12, programme 2020. Le cours se tient le mercredi de 9h à 13h ou le jeudi de 8h à 12h.
Ce cours a été créé en 2011 : Programme 2017, Programme 2016, Programme 2015, Programme 2014.

Initiation à la French theory

Programme 2020 - Rendre la vie possible

Calendrier des séances

Jeudi 16 janvier, 8h-12h, E203

Jeudi 23 janvier, 8h-12h, E203

Jeudi 30 janvier, 8h-12h, E205

Mercredi 5 février, 9h13h, E102

Mercredi 12 février, 9h-13h, E102

Mercredi 19 février, 9h-13h, E102

Jeudi 5 mars, 8h-12h, E205

Jeudi 12 mars, 8h-12h, E217

Jeudi 19 mars, 8h-12h, A106

Mercredi 25 mars, 9h13h, E102

Mercredi 1er avril, 9h-13h, E102

Mercredi 8 avril, 9h-13h, E102

Augustin méditant la création du monde et des anges (Cité de Dieu, Fr19, fol. 2)

Augustin méditant la création du monde et des anges (Cité de Dieu, Fr19, fol. 2)

Objectif de ce cours

L’objectif de ce cours est de vous introduire à la French Theory, et plus particulièrement cette année à la pensée de Jacques Derrida et de la déconstruction. Derrida est un philosophe particulier, qui pense avec la littérature et introduit un nouveau rapport entre littérature et philosophie. La déconstruction est une méthode d’analyse extrêmement productive pour étudier les corpus littéraires les plus variés et vous préparer à la problématisation d’un projet de recherche dans les domaines de la critique et de la théorie de la littérature.

Enjeux théoriques de ce cours

Derrida a énormément écrit, l’ensemble de son œuvre n’est pas à ce jour achevé de publier. Nous nous concentrerons cette année sur le séminaire La vie la mort, tenu à l’Ecole normale supérieure en 1975-1976 et publié au Seuil en avril 2019. C’est donc un texte qui n’est accessible au grand public que depuis très peu de temps que nous allons découvrir ensemble. Derrida à son habitude procède par commentaire des lectures philosophiques qu’il est en train de faire. Le sujet de son séminaire est en quelque sorte commandé par le programme de travail imposé à ses étudiants de philosophie à l’ENS qui préparent l’agrégation et doivent travailler sur « La vie et la mort » dans le cadre de leur concours. Le fil conducteur du séminaire est un livre de François Jacob, La Logique du vivant, publié chez Gallimard en 1970, que Derrida lit en se positionnant par rapport à Canguilhem, le plus célèbre philosophe des sciences de l’époque. La biologie connaît alors une révolution, avec la découverte de l’ADN (1953) et du programme génétique qu’il contient. L’ADN est la logique du vivant.

Nous voici en apparence très loin de la littérature, et même de la philosophie morale, esthétique, politique traditionnelle. Derrida cependant entreprend de déconstruire ce nouveau champ épistémologique qui s’ouvre et qu’on appelle les sciences du vivant. Il démontre d’abord que leur modèle théorique sous-jacent, leur modèle de référence est la linguistique. Plus précisément, le texte, la logique du texte, les principes de codage, de programmation, de production, de sélection que met en œuvre et permet de penser le texte. Penser le vivant selon les nouveaux paradigmes de la biologie contemporaine requiert de penser le texte, ses conditions de production, et à partir de là l’impossibilité de son origine. Pour comprendre cela, Derrida sollicite d’abord Nietzsche : l’Ecce homo, qu’il lit comme une déconstruction de l’autobiographie, et les conférences Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, où Nietzsche prophétise la mort de la culture à partir de sa massification. Comme il lit Jacob avec Canguilhem, Derrida lit Nietzsche avec Blanchot et avec Heidegger, qui ont écrit sur lui. Nietzsche est l’artisan, en philosophie, d’une révolution au moins aussi importante que celle de la découverte de l’ADN en biologie. Ce sera un des enjeux de ce cours que de comprendre comment, pour Derrida, s’articulent ces deux révolutions. Pour ce faire, on étudiera le rapport personnel de Derridza à l’autobiographie, tel qu’il l’a développé notamment dans Circonfessions.

On est frappé enfin, en lisant Derrida, de voir apparaître toute une série de notions qui ont pris pour nous une résonance familière que Derrida en 1975 ne pouvait pas imaginer : programme, code, auto-reproduction, sélection ont pris pour nous au XXIe siècle une nouvelle signification, qui n’a plus rien à voir avec le livre, ni même avec l’écriture au sens humaniste du terme. Code et programme régissent l’essor de l’informatique, qui prend dans nos vies, dans notre civilisation, une importance croissante et maintenant même décisive. Or l’informatique accomplit elle-même à son tour, aujourd’hui, sa révolution, avec le développement de l’intelligence artificielle et de ses réseaux de neurones, qui relèvent le défi de l’auto-reproduction, réservée jusque là (c’est la thèse de Jacob) au vivant, par l’intégration dans le programme de l’aléa de la sélection et la possibilité d’un auto engendrement des critères de sélection. Le terrain du défi scientifique s’est déplacé du vivant vers la conscience, de la biologie vers les sciences cognitives. La vie de la conscience est-elle possible sans inconscient ou à partir d’un inconscient remodelé, repensé par la technique ? L’hypothèse freudienne d’Au delà du principe de plaisir prend ici un relief nouveau, alors que le débat fait rage entre psychanalyse et neuro-psychologie : on confrontera le texte de Freud, la lecture qu’en font Lacan et Derrida, aux hypothèses et aux questionnements de S. Dehaene et de C. Malabou.

Parce que le champ de l’interrogation sur « la vie et la mort » s’est déplacé, le cours s’intitule « rendre la vie possible ». La rendre possible n’engage plus aujourd’hui les mêmes questionnements, ne demande plus les mêmes réponses. Et surtout la question des frontières (frontière entre la vie et la mort, frontières du vivant) a migré vers la question des possibilités: qu’est-ce qui aujourd’hui est possible en matière de vie ? qu’est-ce qui est humainement possible ?

Programme de lecture

Votre priorité doit être la lecture du séminaire La vie la mort de Jacques Derrida. Des extraits de F. Jacob, G. Canguilhem, Nietzsche, Blanchot, Heidegger, C. Malabou vous seront également fournis. Enfin nous explorerons ensemble ce que cette interrogation sur « rendre la vie possible » engage en matière d’analyse des textes littéraires.

Modalités de contrôle des connaissances, évaluation

Un commentaire de texte (devoir à la maison)

Une dissertation sur un sujet général (devoir à la maison)

Une dissertation sur table (épreuve terminale sur table, la session d’examen se tient du 27 avril au 9 mai)