Littérature et Psychanalyse - Le Master LIPS

Couverture Le Gout de Diderot

Couverture Fictions de la rencontre : le Roman comique de Scarron

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE L'OEil révolté

Couverture du livre de Richardson Clarisse Harlove, dans l'édition commentée par Stéphane LOJKINE

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Image et subversion

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE Brutalité et représentation

Couverture du livre de Stéphane LOJKINE La Scène de roman

Couverture du livre L’Écran de la représentation

Couverture du livre Détournements de modèles
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Master « Littérature et psychanalyse »

Le pari de la théorie

Aimer lire, se laisser transporter dans le monde d’un auteur, être fasciné par un ou des personnages, c’est une chose ; faire le compte des tropes, naviguer entre l’hétérodiégétique, le paratexte et l’hypotexte, c’en est une autre. Bien souvent, la théorie littéraire apparaît comme une comptabilité aride, pour laquelle s’appliquent des recettes sans vie. Peut-être alors serait-il préférable de lire la littérature sans théorie ? Juste un peu de mise en contexte historique, l’explication des mots ou des passages difficiles, pourraient suffire ? Pourquoi alors les textes, expliqués au plus simple, nous tombent-ils des mains, ne nous parlent-ils pas ?

ΣΕΛΗΝΑΡΧΙΑ or the Government of the world in the moon (Cyrano de Bergerac, 1659)

ΣΕΛΗΝΑΡΧΙΑ or the Government of the world in the moon (Cyrano de Bergerac, 1659

Trop souvent l’étudiant est pris entre ces deux écueils : d’un côté, une science critique qui rebute et qui semble stérile, une arithmétique des procédés ; de l’autre, des textes lointains, qui ne nous parlent pas, ne nous enchantent pas, ou plus. Comment retrouver ce plaisir de l’enfance, quand la plongée dans un livre, ou dans une histoire qu’on nous lisait, faisait nos délices ou nous émouvait aux larmes ? Comment entrer dans les pouvoirs de la littérature, quand elle transforme le monde, tend un miroir au plus profond de soi, tisse ou retisse les liens d’une communauté ?

Il faut reconnecter la littérature à la vie qui l’anime, à la vie intime, à la vie de l’esprit, aux combats politiques qui l’ont portée et la portent, qu’elle a menés et qu’elle initie aujourd’hui. Non simplement expliquer les textes, mais connecter les textes à la vie. C’est ici qu’intervient la théorie.

Il serait absurde en effet de penser qu’on peut faire « au plus simple ». Comme si on pouvait étudier la physique de l’atome, mais sans physique quantique parce que c’est trop difficile… Ou se lancer dans l’astronomie, mais en gardant l’hypothèse de la terre au centre de l’univers parce que c’est plus rassurant… Ou éprouver l’ivresse de la vitesse au ski mais en restant sur des pistes vertes… Oui, la théorie est difficile : elle nous lance un défi. Mais elle seule peut opérer les connexions nécessaires pour que la littérature reprenne vie pour nous, nous révèle ses secrets et ses pouvoirs, mais aussi ses manières de penser.

Il ne s’agira donc pas de tourner le dos à la théorie, mais de la prendre à bras le corps, de l’expliquer, de la rendre accessible. Non pas se réfugier frileusement dans les textes les plus courts et les plus faciles, si courts et si faciles qu’ils nous ennuient, mais s’affronter ensemble aux textes les plus difficiles, qu’on ne lirait jamais seul et qu’on réussira à pénétrer, à comprendre, à mettre en relation grâce au travail suivi.

L’enjeu de la psychanalyse

Or ce dilemme de la littérature est aussi celui de la psychanalyse. Quoi de plus fascinant que la découverte freudienne d’une thérapie par la parole ? Mais la magie, l’enthousiasme qui ont accompagné cette découverte à Vienne à la fin du XIXe siècle semblent avoir fait long feu. Finies les guérisons miraculeuses, les clefs des songes et les révélations fracassantes de l’Œdipe et de l’inconscient, note ère est au soupçon : d’un côté nous voudrions de la thérapie rapide et facile, de l’autre le corpus théorique psychanalytique semble inaccessible, illisible et vain.

Œdipe et le sphinx (version de Baltimore) - Ingres

Œdipe et le sphinx (version de Baltimore) - Ingres

La vraie science, le vrai moyen de guérir ne résident-ils pas dans le progrès technique, qui nous permet de suivre à l’écran les moindres frémissements électriques de nos neurones, et dans le développement des sciences cognitives, qui ambitionnent de modéliser mathématiquement toutes les opérations de la pensée ?

Il ne s’agit nullement ici de dépriser ces nouveaux outils de la science positive, mais de les penser, dans un environnement humain. Comme la littérature demande à être reconnectée avec la vie, la psychanalyse s’impose pour retrouver le chemin humain de la parole et donner par elle sens à la vie. L’invention de la psychanalyse, ce n’est pas l’invention d’un dogme abstrait, qui se serait figé dans un corpus de textes intangibles, c’est avant tout l’invention d’un dispositif : un patient se confie à son analyste, une parole se libère, un travail est mis en œuvre à partir de cette parole. Le cas du patient viendra ensuite, s’il est singulier, nouveau, riche d’enseignements pour d’autres cas, élargir le corpus psychanalytique.

Qu’est-ce qu’une étude de cas ? C’est d’abord un récit, une forme de récit de vie, profondément liée donc au récit littéraire. Mais c’est aussi une réflexion sur ce cas, sa modélisation, et par elle une contribution à la théorie. Le psychanalyste qui expose un cas fait donc, à partir de sa pratique, à partir de la vie qui lui a été en quelque sorte confiée, à la fois œuvre littéraire et œuvre théorique.

Quelle est la fonction de cette parole qui est confiée ? Certes, elle ne libère pas magiquement celui qui la profère de ce dont il souffre. Mais elle fait œuvre de raison : se comprendre par sa parole, accéder par elle aux forces et aux zones les plus sombres de soi, penser et formuler ses blessures, ses désirs, ses manquements, ses identités, c’est faire le pari de l’esprit et de sa puissance réparatrice, dans l’héritage des Lumières.

Le master LIPS : littérature et psychanalyse

Retrouvailles de Watson avec Sherlock Holmes (Baskerville 1901) - Paget

Retrouvailles de Watson avec Sherlock Holmes (Baskerville 1901) - Paget

La formation que propose LIPS entend répondre à ce double défi : reconnecter la littérature à la vie par l’initiation à la théorie littéraire et à ses enjeux philosophiques ; articuler la psychologie clinique à une réflexion psychanalytique sur le cas, le récit de cas, l’étude de cas. Ce défi est celui d’un humanisme contemporain, s’aidant de la littérature et de la psychanalyse pour se penser soi et penser les grands défis politiques à venir.

Le master LIPS propose donc aux étudiants une double formation, en littérature et à la théorie psychanalytique, en s’appuyant sur la riche offre de formation de la faculté des lettres de l’université d’Aix-Marseille, et de ses départements de Lettres modernes et de Psychologie clinique.

Cette formation est ouverte prioritairement aux étudiants titulaires d’une licence de lettres ou d’une licence de psychologie. Elle peut également venir utilement en complément d’une formation en psychologie, pour les psychologues et les étudiants titulaires d’une licence de psychologie qui souhaitent renforcer leurs connaissances relatives au paradigme psychanalytique dans son ouverture à la littérature.